Les coups sur la tête, ce n’est pas bon

L’encéphalopathie chronique traumatique (chronic traumatic encephalopathy, CTE) est une maladie responsable de troubles neurologiques graves allant jusqu’à la démence. Elle est le fruit de traumatismes crâniens répétés. Elle a été essentiellement documentée chez les joueurs de football américain. Sa prévalence est un enjeu important dans ce sport, uniquement pour des problèmes financiers et les marges des dirigeants. Une étude récente, bien faite, vient d’être publiée dans le BMJ, connu pour sa rigueur méthodologique. Je ne vais pas détailler les résultats qui confortent le fait que c’est une maladie fréquente dans cette profession. Au minimum 25% des joueurs en sont atteints, au maximum, c’est 97%. Il parait clair que c’est un facteur de risque majeur de démence. C’est la plus large des études du genre et sa force est d’avoir analyser des donneurs de cerveau et des non donneurs. Pour l’instant nous n’aurons jamais mieux. Ces données sont largement confirmés par une étude sur les causes de mortalité chez les anciens footballeurs. Elle montre que par rapport à la population générale, ces sportifs meurent moins, par contre ils ont un surrisque d’un facteur 3 de mourir de maladies neurodégénératives. Aucun doute, le football américain n’est pas bon pour le système nerveux central.

J’ai découvert ce papier en lisant une nouvelle de science. Elle est franchement bien écrite et explique simplement ce qu’est la maladie, comment ça marche et les difficultés au diagnostic et à la prise en charge. La prévention est mollement abordée par le biais de la science des casques, l’article est excellent. Cette maladie est facile à éviter, pas de traumatismes crâniens répétés. Qui aura le courage de mettre en place de véritables mesures de prévention dans les sports de contacts et pas uniquement chez les professionnels mais aussi les amateurs. Si, ici, j’ai parlé du football US, c’est le même problème dans la boxe, le rugby sous toutes ses variantes, le hockey sur glace et on peut s’interroger sur le jeu de tête dans le soccer. Il faudrait, au minimum, une information claire faite aux parents, quand les enfants ou adolescents commencent ces sports, sur le risque de maladies neurodégénératives.

J’espère qu’un jour un ministre des sports en collaboration avec son collègue de la santé s’empareront de ce sujet. Tout le monde à peur de mourir dément, faisons de la prévention simple. Évitez les coups répétés sur la tête.

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Détachement

Mardi 28 juillet 2026, je sors des soins intensifs cardiologiques. Je trimballe mon sac plastique « vestiaire » qui contient les souvenirs de ce moment, trois affaires personnelles, une brosse à dents et un peigne offert par le service, deux livres plus l’enveloppe de malade, compte rendu, ECG, disque de la coronarographie, ordonnance et arrêt de travail pour un mois. Je suis détaché de la perfusion, du scope, du tensiomètre. Je suis verticalement dans des couloirs que je ne connais qu’horizontalement, c’est bizarre. Je suis passivement le chauffeur du VSL, ascenseur, hall de l’hôpital, et sortie dans la jolie lumière du pays basque. On discute de tout et de rien. J’arrive devant l’appartement de location, étrange de me retrouver là. Elle m’attend en bas, je suis surpris et joyeux de la voir là. Je monte plus vaillamment les trois étages que j’avais si péniblement descendu trois jours avant. Je pose mes affaires. Une de mes filles m’attend, je suis content. J’ai envie de sortir, acheter les médicaments et voir ma dernière fille. Nous ressortons, pharmacie du coin, j’ai mon tas de médoc. Je croyais être détaché. Nous marchons.

Il est un peu inquiétant de déambuler dans les rues au milieu des touristes. Il y a moins d’une heure, j’étais attaché à mes meilleurs amis, surveillé comme du lait sur le feu et là plus rien, détaché. Petit moment d’angoisse de la liberté retrouvée, et si il m’arrive quelque chose. Stop, tu as vu les images, plus de sténose, juste ton sac de médicaments à prendre régulièrement. La mer, je suis content de la voir, envie de me baigner. D’abord revoir notre fille. Je reprends le cours de ma vie. Revoir les gens, la joie de la petite fille de me voir vivant, j’ai les larmes au yeux, après un câlin, vérifiée que j’étais bien là en chair et en os, elle repart jouer avec ses cousins, plus légère. Il y aura un avant et après aussi pour elle. La maladie engage tout le monde, on l’oublie facilement, centré sur soi, sur sa survie. Pensez à demander comment vont ceux qui entourent le malade. Ce n’est pas facile pour eux.

Je parle de mon expérience. On repart manger, on se retrouvera à la plage. Premier repas de détaché, fatigue qui me tombe dessus. Et puis l’océan, je veux retrouver la sensation d’apesanteur de l’eau. J’ai peur des vagues, des gens dans les vagues, être cogné, saigner avec la biantiagrégation. Je vais à l’eau en passant bien vite la zone peuplée pour aller plus loin. Je nage mollement, on m’a dit de pas forcer, alors je fais un crawl tranquille, je ne tire pas sur les bras, je vérifie mon pouls. Je flotte agréablement en regardant la grande plage, les rochers, le phare, paysage bien connu qui prend une saveur particulière. Je repars tranquille avec mon crawl de petit vieux. Je sors de l’eau, je suis fatigué. Je reprends les cours des vacances, entre baignades, petites marches, fatigue et bouffées d’anxiété. Prévenir mon entourage personnel et professionnel. Plein de messages gentils, je suis touché, ému. La semaine biarrotte passe vite.

Retour à Marseille, ma deuxième fille est là. Je suis heureux de la voir. Elle vérifie comme la dernière que je suis bien vivant avant de repartir. Il faut faire de la rééducation cardiovasculaire, je décide de nager. Quand ça ne va pas trop, me retrouver dans l’eau reste un bon moyen pour me déstresser. Je vais nager tous les jours, je commence mou dans la continuité. Je ressens à un moment le besoin de voir ce qu’il se passe si j’accélère un peu. Ce n’est pas facile. J’ai des grands moments de fatigue encore. Je ne sais pas si c’est normal. J’appelle un pote cardiologue pour organiser la suite. Je lui parle de la fatigue, il me dit d’arrêter les IEC. Je voulais l’entendre, je me doutais que l’hypotension était responsable de ces grands moments de faiblesse. Je vais me sentir mieux. Cette semaine passe. J’ai toujours mes bouffées d’angoisse. Je ressens ma mortalité comme jamais. J’ai un peu peur de tout. Heureusement, le quotidien est là et me ramène à la réalité simple de m’occuper de l’autre. Ma fille ainée arrive. Je suis heureux de la voir. Je crois qu’elle aussi. Parfois il faut voir pour être sur que l’autre est toujours lui et surtout bien là, vivant. Je raconte ce moment de traumatisme, encore, je ne m’en lasse pas. Parler pour mettre à distance, pour faire récit et éloigner la terreur de cette nuit.

Je suis malade, je n’aime pas ça. Je n’y peux pas grand chose et personne n’y peux rien. Je découvre dans mes moments d’attente et de déambulation marseillaise, deux grand pôles de la réponse à la maladie.

Le premier est ce que j’appelle le syndrome de « Qui a peur de Virginia Woolf », le déni, fantasme entretenu par la médecine moderne que l’on peut guérir. La tentation du : « il ne s’est rien passé et je refais tout comme avant » sauf que le bleu à mon poignet n’a pas disparu et que je bouffe quatre pilules par jour. Elle est forte cette tentation d’oublier la nuit de la douleur et de reprendre comme si de rien n’était. Je comprends mieux pourquoi certains arrêtent leur traitement, si je suis guéri, je n’ai pas besoin de médicaments. Logique implacable, limite majeure du discours triomphant d’une médecine technique, qui se rêve en grande guérisseuse aux vertus magiques, plus qu’en soignante besogneuse. Cette voie est une erreur, elle est très tentante, oublier pour que ce qui est ne soit plus. Nier le réel ne soigne pas, nier la réalité est un rideau de fumée. Je le sais bien. La tentation est là puissante. J’apprends. L’autre tentation est de plonger dans la maladie et de ne vivre que par ce statut. Je suis malade et de ne vivre que dans l’angoisse, vie rythmée par la prise des médicaments, par la peur des effets secondaires, par la peur de la récidive. Avec la franche augmentation des statines j’ai plus de douleurs musculaires. Difficile de les interpréter quand c’est au niveau du thorax. Forcément, je nage donc ça tire, d’autant plus que je commence à forcer. Juste des douleurs musculaires et ça fait peur. Au début, je ralentissais pour savoir mais ça ne veux rien dire, alors j’ai accéléré et comme ça passait, c’était juste mes muscles de vieux. Ce n’était pas le cœur. Je le savais mais c’est inquiétant. Il est facile du coup de tomber dans le je ne fais rien, je me laisse bichonner, de devenir le patient modèle. Vivre obsédé par ses bobos et ses comprimés. Je reconnais que si la tentation du déni est forte, celle ci m’est moins naturelle, mais elle a ses charmes.

J’essaie d’explorer une voie médiane entre ces deux extrêmes. Tu es un autre. Il faut oublier cet être plus insouciant qui se rêvait en pleine santé. Je ne veux pas l’enterré complétement, je veux aussi lui laisser un peu de place. Recomposer son identité en intégrant cette nouvelle variable, la maladie, juste une variable de plus, importante mais qui n’est pas ma vie. Elle te fait voir les choses différemment, elle te bouleverse, nier son existence serait aussi stupide qu’en faire l’alpha et l’oméga de ma vie. Ce n’est pas facile. Ceci me semble une aventure intéressante. Je ne suis qu’au début du processus. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, ce qui est sur, je ne retournerai pas en arrière? J’ai changé et je vais encore évoluer mais je refuse de me faire écraser par la maladie. Je veux me détacher mais en gardant bien la mémoire de ce moment important de ma vie, cette nuit de la douleur. Je regarde régulièrement mon poignet symbole de mon attachement aux machines, la cicatrice du cathétérisme disparait progressivement comme le bleu a disparu. Je le regrette un peu, il reste une boule probablement un hématome. J’espère qu’il restera là pour que surtout je n’oublie pas, souvenir palpable de ce qu’il m’est arrivé et m’a traumatisé.

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Attachement

Nous attendons le résultat de la troponine (un marqueur de nécrose du muscle cardiaque ou du moins de souffrance). Je suis attaché depuis ma montée dans l’ambulance du Samu à un scope et une perfusion de sérum physiologique. Des fils partent des électrodes collées à mon thorax et l’appareil surveille mon rythme cardiaque. Je suis aussi lié à la machine par un bras pour la surveillance de la tension et par l’autre à l’eau salée qui coule tranquillement dans mes veines. Nous discutons et nous attendons en regardant négligemment l’activité électrique de mon cœur. Je compte les gouttes parfois.

Le médecin revient, la mine un peu contrite, la troponine est à 60, c’est très augmenté chez nous. On attend la deuxième pour savoir ce qu’on fait. Trente minutes plus tard, bon, elle augmente encore. J’ai eu le cardiologue, ils vont vous prendre en soins intensifs cardiologique. Nous attendons, plus que jamais attaché à mon nouveau meilleur ami, le scope. Une infirmière vient gentiment m’injecter le premier bolus d’aspirine et l’HBPM protocolaire. Nous somnolons. La lumière s’allume, bonjour vous êtes bien M Truc muche, oui, votre date de naissance? C’est ça. On vient vous chercher pour aller en cardiologie. J’ai rarement vu une structure aussi pointilleuse sur l’identitovigilance. Je ne sais pas pourquoi mais ça me rassure. On me branche à un nouveau scope, ma perfusion me suis, fidèle, le brassard a tension m’abandonne, bon débarras. Je traverse les couloirs dépeuplés d’un hôpital la nuit. Juste l’alcoolique de service qui raconte sa vie dans la nuit du samedi au dimanche aux urgences. Où que tu ailles, les années passent et iel est toujours là, le même débit trainant, appelant les infirmières par leurs prénoms et racontant pour la Xé fois que ce n’est pas sa faute si il s’est encore ouvert le front, le bras, la jambe ou tout autres parties de son corps. L’ascenseur, toujours juste pour le brancard, monte. Vous venez d’où? Marseille. En vacances? le premier jour. C’est ballot. Oui c’est ballot.

Arrivée en cardiologie, bonjour, pas si bon, encore de la paperasse, des questions, heureusement, je ne suis pas seul. Je suis fatigué. On m’installe, je passe sur le lit médicalisé, un nouvel ECG. On me rattache à un nouveau scope, on me relie à la prise de tension, et la perfusion m’accompagne. Le médecin va venir. Vous êtes d’où, en vacances, le premier jour, c’est ballot.

Je suis seul dans ma chambre, je somnole, le cardiologue arrive, bonjour, les mêmes questions les mêmes réponses peut être plus détaillées car je n’ai plus très mal et j’ai réfléchi. ECG toujours normal, une échographie cardiaque, elle est normale. Ça me rassure. On verra la troponine demain mais il y aura probablement une coronarographie. Merci, essayez de dormir. Oui. Tension toutes les heures, question sur ma douleur toutes les deux heures, je somnole. J’ai une reprise douloureuse vers 4h30 je crois, j’ai mal 6 sur 10. ECG rien de plus, on commence des nitrés en IV à petite dose, la surveillance tensionnelle se rapproche. J’ai moins mal dans la poitrine, ça revient à ce sale 1-3 de fond. Cet inconfort que je connais bien maintenant. J’essaye de graver la douleur dans ma tête pour plus tard, savoir la reconnaitre.

Je me rendors plus profondément, 6h30, bonjour je viens vous faire la prise de sang. Bonjour, merci. J’ai mal à la tête, le risordan fait bien mal à la tête. Je demande un doliprane, ça soulage un peu. Je suis fatigué. Je resomnole. J’entends le bruit d’un hôpital qui s’ébroue avant de se réveiller complétement. J’ai faim, je suis à jeun. On m’amène gentiment de quoi faire une toilette de chat, je n’avais rien, un savon liquide, une brosse à dent, du dentifrice, un peigne. Plus tard, arrive l’eau chaude dans sa bassine et les gants de toilettes. Je suis attaché et je me débarbouille. J’apprécie ça, même si rien n’est simple avec tous les fils. Je me recouche et me rendors. Je découvre aussi les joies du pistolet pour le pipi. Un peu honte de laisser à d’autres le soin d’éliminer mes déchets. Même si je ne bois rien le sérum physiologique coule et ça donne envie de faire pipi. Mes reins marchent.

Nouveau médecin de garde, nouvel ECG, non modifié, la troponine continue son ascension. On vous fera la coro aujourd’hui probablement en fin de matinée. OK, je n’ai pas trop le choix. Je suis épuisé. Je me rendors entre les prises tensionnelles et les questions sur la douleur. Tout le monde est très gentil, souriant et professionnel. J’ai confiance. J’attends, on me téléphone, ça fait du bien d’entendre sa voix. On m’explique qu’il y a des gens plus urgents que moi. Pas de problème, je comprends. 11h30, c’est l’heure. On me descend avec mes deux amis, le scope et la perfusion. On s’aime de plus en plus nous trois, même si je les trouve un peu trop collants. Arrivée en salle de coronarographie, tout le monde se présente. On m’installe sur la table. On m’explique la procédure, on me fait bouffer un ticagrélor, je m’endors, l’anesthésiste a du pousser un truc. Je sens juste le froid dans mon bras. Je me réveille juste pour voir mon réseau coronarien sur l’immense écran et découvrir la sténose qui me fait souffrir. Même moi je la vois, cette sténose préocclusive de la coronaire droite. C’est un choc, heureusement je suis un peu dans le coltard et ça amortit la découverte.

Il passe un cheveu de sang. J’ai le sentiment que ma vie n’a tenu littéralement qu’à un fil. C’est angoissant.

La procédure continue, je la suis de loin. Dilatation et stenting des deux sténoses de la coronaire droite. J’ai deux stents, je suis officiellement coronaropathe. Je suis un malade. Le résultat est franchement beau. Je n’ai pas mal. Je suis épaté par la cardiologie interventionnelle.

On me sort de la table de coro, on m’explique que j’ai eu de la chance, qu’il fallait vraiment y aller. Je n’avais aucun doute vu la douleur que j’ai eu. Je remercie tout le monde. Je me sens plus léger. La baleine, l’éléphant et la vache, qui avaient élu domicile sur mon thorax pour prendre le thé depuis 12h ont enfin décidé de rentrer chez eux. On discute un peu avec le cardiologue, l’anesthésiste.

Je remonte toujours attaché mais rassuré. Le bracelet qui me comprime le poignet au point de ponction n’est pas très agréable. Je retrouve mon chez moi cardiologique. L’infirmière m’explique la suite, le dégonflement du bracelet, la surveillance et si je veux manger un truc c’est possible dans deux heures. J’ai faim et je n’ai plus mal, plus mal du tout. Je vais mieux. J’appelle pour raconter. J’envoie un message à celles qui sont loin. Je me rendors, je suis fatigué. Première visite, je suis content, on discute de la peur de tout le monde, surtout de ma dernière fille. Je mange un petit pain d’hôpital comme le meilleur repas de ma vie. On s’endort tous les deux. Il est très agréable d’avoir des nouvelles du monde extérieur.

On dégonfle le ballonnet qui comprime mon artère radiale. J’ai un bel hématome sur l’avant bras. Je ne suis pas étonné. La routine de malade commence, on m’amène mon traitement du soir. Le repas suit rapidement, on mange tôt, le soir, dans un hopital. J’ai faim. Je ne laisse rien sur le plateau qui est plutôt pas mal. Je m’amuse à regarder les fluctuation de pouls en fonction de ce que je fais. Comme je ne fais pas grand chose ça bat entre 48 et 65. La tension est d’une stabilité affligeante et rassurante entre 110 et 130 de systolique. Je peux confirmer que plier les jambes ça fait monter la tension artérielle comme avoir envie de faire pipi. On s’amuse comme on peut.

Je me sens mieux alors je lis. Le premier est un bouquin trouvé dans une boite à livres, lors de la ballade où j’ai commencé à avoir mal. Ce sera mon texte de SCA; le Chien de Guerre de Michael Moorcok. Lecture idéale sur un lit d’hôpital, je conseille si on aime la dark fantasy. Le diable n’est pas forcément celui qu’on croit et il faut toujours se méfier de ses disciples trop zélés seraient les conclusions de ce texte.

L’équipe de nuit arrive, on vérifie bien que je suis bien attaché. Je dors mieux. Réveille tôt malgré tout et nuit un peu hachée par la prise de tension et le monsieur de la chambre d’en face qui va manifestement moins bien que moi. J’en ai marre d’être couché. Je me lève en faisant attention que ça ne sonne pas. Je regarde le lever du soleil. Je fais le tour du lit. Je mets un tee shirt. La longueur des fils étant ce qu’elle est, je me recouche rapidement. J’attends la suite, une nouvelle prise de sang, les constantes, plus de douleur, plus d’inconfort et ça s’est cool. Le traitement qui arrive, puis la bassine d’eau. Je m’améliore en toilette scopée et enfin le petit déjeuner. Je fais rien mais j’ai faim. Je m’ennuie. J’ai le secret espoir de pouvoir partir aujourd’hui. Il sera vite déçu par le résultat de ma troponine qui bien évidement monte. Je ne discute pas la décision de la cardiologue. Je fais le patient modèle. Je suis tellement content de ne plus avoir mal. Je reste attaché. Je découvre que les IEC font bien baisser la pression artérielle. Des visites dans l’après midi, ça fait du bien de voir des personnes que j’aime. On discute de tout et de rien. Le temps passe plus vite quand on n’est pas seul.

La routine se déroule, médicaments, repas, surveillance. Je finis le premier livre et j’enchaine sur Love me tender de constance Debré. C’est très, très bien. un genre totalement différent mais des points de similitude sur qu’est ce que l’identité et qu’est ce qu’on fait de sa vie. Ça m’interpelle un peu comme sujet. Probablement pas encore le moment de penser à ceci, mais je garde pour plus tard. Je m’endors.

Mardi, mon train train de malade se déroule, levé tôt, lever de soleil, petite gymnastique pour me dérouiller de mon alitement. Je me sens vraiment mieux. Un nouveau bilan, les médicaments, la bassine d’eau chaude, je peux me débrancher? Non, c’est le cardiologue qui décidera. Toilette en nette amélioration, le petit déjeuner, le petit pain est moins bon que dimanche après midi. Je m’assois au fauteuil, le lit, j’en ai marre. Mes copains me regardent sentant bien que j’ai très envie de les abandonner. Ne soyez pas triste, perfusion et scope, je vous aime bien mais cet attachement me pèse. Merci pour votre aide en ce moment très difficile de ma vie. J’attends la cardiologue comme le messie, ça m’a fait penser à un livre passionnant de Toscana, Evangelia. C’est une autre histoire. Je me suis habillé pour bien montrer ma volonté de partir. Elle arrive. La troponine a diminué, alléluia! Je peux m’en aller. J’ai les consignes d’usage que j’écoute d’une oreille distraite. Je pose des questions sur ma reprise. J’ai fait un infarctus et du repos, sans stress, serait une bonne idée. Je parle de mon astreinte d’aout, c’est une mauvaise idée. J’écoute plus attentivement. Elle me conseille de me ménager, de reprendre une activité physique mais en faisant attention. Il faut que je vois un cardiologue à la fin du mois d’aout. Elle me souhaite une bonne fin de vacances. Je remercie tout le service pour leur gentillesse et leur professionnalisme. J’ai eu de la chance d’avoir eu affaire à une équipe aussi compétente. J’ai droit à un VSL à 11h30. plus qu’une grosse heure d’attente. J’appelle pour prévenir de mon retour. Je suis content, plus léger.

L’infirmière vient me déperfuser, adieu compagne de galère, par contre je resterai attaché à mon ami le scope jusqu’à l’arrivée de mon carrosse. Il arrive en avance, j’enlève toutes les électrodes précipitamment, je prend mes affaires. On m’amène mes papiers de sortie. Tout est là, le courrier, mes bilans et le CD. Je pars, détaché, mais alourdi de deux ressorts qui pèsent.

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Douleur

Nous sommes à la mi-temps des vacances en ce 25 juillet. Arrivés dans l’après midi à Biarritz, nous allons gouter l’océan. Il y a des vagues, c’est beau. Dans l’eau, il fait bon, je nage, je joue un peu avec les rouleaux quand apparait un gène dans la poitrine, pas grand chose, une douleur qu’un vieux comme moi peut avoir, je me sens moi bien, probablement le voyage. Ça ressemble à l’inconfort d’hier après-midi au cours de notre ballade dans les montagnes, une douleur difficile à préciser, plus un inconfort qu’une vraie douleur pour être honnête. C’était la chaleur probablement. Elle ressemble d’ailleurs à cette sensation que j’ai eu dans la semaine après 600 m de crawl en altitude et qui cédait en ralentissant pour finir mes longueurs. C’est dur de nager à 850 m d’altitude. Je me laisse porter par les vagues et la sensation désagréable disparait. Pas comme elle est venue mais progressivement, elle s’efface. Il est tellement agréable de sentir la puissance de la mer qui vous porte, comprendre sa dynamique et en jouer. Tiré vers le large et poussé vers la plage presque sans effort juste celui de rester entre les deux drapeaux rouge et jaune. Je sors. Je suis fatigué. La douleur a disparu.

Nous rentrons et sans enfant, nous sortons. Une soirée agréable à deux, dans un bon restaurant, entourés par la joyeuse ambiance biarrote, nous discutons de nous, de notre histoire, du futur, de la douceur de vivre ensemble, de notre fille. Les plats sont à partager, comme la bouteille de vin, bon choix de la serveuse devant notre manque d’inspiration. Petite ballade sur le bord de mer, la belle cote des basques encore éclairée par le soleil couchant, l’Espagne au loin, l’odeur de l’océan, son bruit si agréable qui nous rappelle sa force.

Nous passons par le port, retour vers la grande plage, douce déambulation à deux, on discute, on sourit, on est bien, heureux. La nuit est paisible, la température agréable. Ma douleur est loin.

23h45, je suis réveillé par une sensation désagréable dans le thorax, une petite pointe douloureuse, j’ai soif. Je me lève sans bruit. Je vais boire. La sensation désagréable ne passe pas. Elle augmente. Je vais me recoucher. Une vache est en train de s’assoir sur ma poitrine, rapidement remplacée par un éléphant qui a décidé de frotter son postérieur sur mon sternum. J’ai mal. J’ai très mal, le pachyderme laisse la place à une mignonne baleine bleue, qui trouve mon torse et ma gorge des endroits intéressants pour peser de tout son poids. Aucune position ne soulage la douleur qui enserre ma poitrine et part dans mon cou. J’ai mal, je suis pris dans un étau, j’ai du mal à respirer. Je gigote, à force, je réveille celle qui dort à mes cotés. Je veux un doliprane. J’ai mal, et j’ai peur. La douleur s’accompagne d’une angoisse comme si j’allais mourir, là, maintenant. L’angoisse me paralyse et aggrave la sensation d’écrasement. Je ne peux que presser ma main sur mon pectoral gauche, ça ne soulage rien.

« Tu veux que j’appelle le 15? » Je ne réponds pas

« Tu veux que j’appelle le 15? » Oui, merci d’être là.

J’ai mal, je n’ai jamais ressenti un tel inconfort, une telle peur dans un épisode douloureux. J’ai une assez bonne expérience de la douleur. Rien ne ressemble à cette pression permanente sur la poitrine, à l’anxiété qui l’accompagne, à ce sentiment que tout va finir là dans cette chambre après cette charmante soirée. J’ai peur. Je suis terrorisé. J’entends la douce voix qui demande d’attendre. Le premier barrage, explication, puis le médecin régulateur nouvelle explication, heureusement que tu es là, je ne sais pas si j’aurai pu appeler.

« Dis leur que je fais un infarctus. »

Je sais. J’ai lâché le mot qui me taraude. Mon père est mort à 40 ans d’une crise cardiaque. J’avais 15 ans. J’ai peur et j’ai mal. J’aime les baleines, les éléphants et les vaches mais pas quand elles et ils décident de faire une réunion de famille sur ma poitrine. Malgré la douleur, je pense aux complications, les troubles du rythme, mon pouls est régulier, mais la crainte est là. Le myocarde nécrose. La douleur est comme dans les livres, sauf que là c’est moi et c’est très, très désagréable. Je revois ma question d’internat sur la douleur thoracique. Je dois avoir une sale gueule, j’ai du mal à bouger, j’ai le thorax écrasé et je ne trouve rien d’autre à faire que presser ma main droite contre lui.

Le SAMU arrive, plein de gens rentre dans l’appartement. On pose les électrodes, prise de constantes, interrogatoire classique, oui, j’ai mal, oui, c’est insupportable, non, ça ne passe pas, ça part dans la mâchoire et un peu dans l’avant bras gauche, oui, j’ai des antécédents familiaux, oui, j’ai une hypercholestérolémie que j’ai négligée, pas d’hypertension, jamais fumé. J’ai mal. L’électrocardiogramme n’ai pas modifié, ce sera un syndrome coronarien aigu, ST negatif. C’est déjà ça, je nécrose pas tout mon ventricule gauche. Mon inquiétude baisse d’un cran et comme un pied de nez, je me prend un coup de trompe d’éléphant et de queue de baleine sur la poitrine. comme pour me dire fait pas le malin et commence pas à dire que ça va passer et que tu ne veux pas aller à l’hôpital. Les animaux me font des clins d’œil. Je suis malade. Je passe de l’autre coté de la barrière. Je fais ce qu’on me dit. J’ai mal. On me pousse 3 mg de morphine. Je me lève.

« Est ce que vous pouvez descendre les trois étages? » Non j’y arriverai pas.

Et puis je réalise la gueule de la cage d’escalier et je lâche, OK j’essaye. Je n’ai jamais descendu aussi lentement et péniblement trois malheureux étages. La morphine commence son effet. J’ai moins mal.

Je monte dans le camion, je me rallonge avec plaisir. C’est dire mon état, avoir du soulagement à s’allonger sur un brancard dans un camion du Samu. On me perfuse, on prélève ma première troponine. La baleine, l’éléphant et la vache se retirent doucement de mon thorax. J’ai moins mal, l’angoisse est toujours là. A la douleur aiguë succède une gène, une présence qui me dit: « C’est pas fini, tiens toi à carreau, fait pas ton malin de PU-PH ». J’ai trop peur pour jouer à ça. L’équipage est sympa, j’ai moins mal, alors on discute. On finit l’interrogatoire. Vous êtes en vacances, premier jour ici, c’est ballot. Oui, c’est ballot.

On arrive aux urgences de Bayonne. On m’installe, nouvel ECG non modifié. La douleur est partie, juste persiste cet inconfort. J’aime pas vraiment. Heureusement, je ne suis pas seul. les soignantes sont très gentilles. L’interne arrive, on va attendre le résultat de la troponine. Trente minutes plus tard, on vient prélever la deuxième du cycle. Ma sensation douloureuse navigue entre 1 et 3. J’ai bien aimé l’opiacé. Ça soulage. Nous attendons la biologie.

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Qu’est ce que le racisme?

Une phrase pour comprendre pourquoi le racisme et toutes les discriminations sont des violences insupportables pour les individus. Ça marche bien aussi pour l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie et toutes les formes de haine de l’autre. Lisez là bien et diffusez là pour qu’on ne dise pas « Je ne savais pas ».

“The violence of racism is that it makes you believe that you have to be someone other than yourself in order to be loved.” – Clint Smith.

« La violence du racisme est dans le fait qu’il vous fait croire que vous devez être quelqu’un d’autre que vous-même pour être aimé. » – Clint Smith

Source : this isn’t happiness™ (“The violence of racism is that it makes you…), Peteski

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Foggy Marseille on sunday morning

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Photo trouvée en lieu improbable

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Découverte musicale du soir

LIVE FROM MT. FUJI from Yussef Dayes

https://yussefdayes.bandcamp.com/album/live-from-mt-fuji

Le jazz anglais 2026 rencontre la musique traditionnelle japonaise. C’est excellent.

Enjoy.

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Poésie urbaine

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Tour fendue

Comme un titre de roman…

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